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MOT DU RÉALISATEUR
Sylvain L'Espérance

Les voix et les lieux de la résistance et les parcours dans la ville que présente le film rendent Athènes vivante, tout en échappant aux représentations attendues de cette ville touristique. Athènes est le théâtre de manifestations quotidiennes, où le peuple prend la parole et profite de la présence des caméras pour exprimer face au pouvoir ce qu'il ne peut plus dire autrement. J'ai retrouvé dans ces manifestations une liberté de parole qui me rappelle celle du Québec des années de la Révolution tranquille, mais aussi du Printemps érable.

Ville méditerranéenne, Athènes est liée de multiples façons à la présence de la mer. Son port est l'un des plus importants de toute la Méditerranée, voyant des milliers de conteneurs y être chargés et déchargés quotidiennement. C'est l’un des paradoxes de cette ville, depuis toujours ouverte sur la mer et à tous les échanges, que d'être le lieu où les réfugiés se retrouvent bloqués dans une attente indéfinie. Le trafic maritime leur offre le mirage d’une possibilité de circulation qu'on ne leur concède pas. La présence de la mer et du port dans le film est une manière de rappeler le rapport de tension qui existe entre la Grèce, l’Europe et ce qui s’étend au-delà de leurs frontières.

Méditerranée. Là par où les damnées de la terre dont parlait Frantz Fanon montent vers le Nord pour aller à la rencontre des indignés grecs, portugais ou espagnols. Comment ne pas reconnaître que la situation des pays occidentaux en crise est de plus en plus semblable à celle des pays africains, et que, si les maîtres de l'austérité travaillent à mettre au pas les gouvernements au Nord comme au Sud, un monde commun cherche à émerger de Tunis à Madrid, de Marseille à Athènes ? C'est ce monde qui affleure hors des sentiers battus, qui s'enracine dans les consciences malgré les guerres et les agressions racistes, que ce film cherche à révéler. La mer Méditerranée vers laquelle Athènes est tournée est aussi à l’intérieur de ses habitants, dans ce qui en eux résiste à toute forme de contrainte. Lieu insondable et indomptable, à la fois calme et imprévisible, elle est un point de rencontre, mais aussi une zone de chocs, d'accidents et de tempêtes. Dans sa construction, le film est propulsé par ces énergies complémentaires et dissonantes, tout comme il est à l’image de la force rebelle qui habite les Grecs.

Les voix multiples qui se font entendre dans la ville d'Athènes, les chômeurs et les démunis, les migrants les immigrants donnent au film sa forme polyphonique. De même, l'itinéraire de plusieurs des protagonistes, venus de Syrie, d’Afghanistan ou d’ailleurs, invite aussi à explorer un tel type de construction poétique. Celle-ci révèle comment Athènes est habité par ces contrastes et ces espaces de résistance disséminés dans toute la ville, espaces qui englobent aujourd’hui de larges pans de la vie en société et tentent de maintenir le lien social mis à mal par l’État qui abandonne sa population la plus démunie. Si le film plonge au cœur de ces expériences collectives, il est aussi attentif à ceux qui, comme Abdallah ou Spyros, survivent seuls dans la rue. Les hommes et les femmes rencontrés nous donnent accès à leur cheminement, à leurs prises de conscience, à leurs réflexions sur le monde. La diversité de tous ces moments imbriqués les uns aux autres composent moins un récit linéaire qu’un ensemble où s'entrechoquent des fragments qui, par ses ruptures de ton et de climat, ses mouvements et ses déplacements, donnent à voir et à entendre ce qui couve sous les apparences. Irrigués de désir de liberté, marqués par les luttes contre la violence et l'enfermement, les récits des protagonistes se répondent et tissent entre eux des filiations inattendues, nous rappelant que le monde qui vient ne se fera pas sans eux.


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Conçu par Prométhée Lefort